En 2017, Shaïna Hansye, 13 ans, subit un viol en réunion à Creil. L’un des garçons filme la scène et diffuse la vidéo. La rumeur se propage et salit la réputation de l'adolescente qui devient aux yeux du quartier une "fille facile", alors qu'elle et ses parents, qui ont porté plainte le soir même, se heurtent à l'indifférence de la justice. S’ensuit pour la jeune fille une descente aux enfers de deux ans, jusqu’au jour où elle est poignardée et brûlée vive par son petit ami.
Accuser la victime
Avant sa mort, Shaïna a porté plainte une seconde fois, à nouveau sans être entendue : pour avoir osé demander justice, elle a été passée à tabac l'année suivante par ses violeurs, une fois encore certains de leur quasi-impunité. Lors de ses auditions au commissariat et de ses confrontations avec ses agresseurs, elle a été traitée comme une accusée et non comme une victime. Pourquoi n'a-t-elle pas été protégée ? Que raconte sa tragédie quant à la surdité de nos systèmes policier et judiciaire face aux violences sexuelles et sexistes ? Avec, entre autres, son avocate Negar Haeri, saisie par la famille Hansye après la mort de l'adolescente – à laquelle elle a consacré le livre La jeune fille et la mort (Seuil, 2025) –, la réalisatrice Tamara Erde décortique le mécanisme sociétal qui minimise la gravité des délits sexuels, puis subrepticement en rend coupables celles qui les subissent. Un poignant réquisitoire.