Début 2026, la société Space X d'Elon Musk, autorisée par le gouvernement étatsunien à organiser jusqu'à vingt-cinq lancements de fusée par an, soit cinq fois plus qu'auparavant, a proclamé son intention de déployer en orbite basse autour de la Terre 1 million de satellites Starlink dans les prochaines années. Chaque nouveau lancement à Brownsville, dans le sud du Texas, rassemble des centaines de fans, convaincus que le salut de l'humanité réside dans la "nouvelle frontière" promise par l'homme désormais le plus riche du monde. Car, selon lui, la colonisation de la planète Mars et, à terme, du cosmos, donnera naissance à une civilisation "multispatiale". Au-delà de cette rhétorique futuriste, Jeff Bezos – dont la société Blue Origin a suspendu temporairement ses activités de tour opérateur spatial pour se concentrer sur l'objectif Lune –, mais aussi des puissances comme la Chine, la Russie et l'Union européenne, se cherchent frénétiquement une place dans cette ruée spatiale vers l'or. La quête insatiable d'une connectivité accrue légitime ainsi le déploiement de "mégaconstellations" de satellites à l'obsolescence programmée (leur durée de vie se monte en moyenne à cinq ans), dont le coût environnemental reste largement tu.
Apprentis sorciers
Du golfe du Mexique à la Laponie en passant par les observatoires du Chili, ce documentaire donne la parole à celles et ceux qui, scientifiques, membres de communautés autochtones et militants écologistes, dénoncent un désastre en train d'advenir. Émissions décuplées de CO2, millions de déchets toxiques disséminés dans l'atmosphère et les océans, pollution lumineuse et sonore du cosmos accélèrent ainsi la destruction de la seule planète habitable que nous connaissions à ce jour. En contrepoint, Bryan Carter montre combien la conscience de sa fragilité constitue aussi un argument de promotion pour les apprentis sorciers de la "nouvelle frontière".