Afghanistan : les soignantes de l’ombre
Le 15 août 2021, Kaboul et tout le pays tombent aux mains des talibans. En cinq ans, les femmes afghanes ont perdu le peu de droits qu’elles avaient : désormais elles ne peuvent plus sortir seules, s’exprimer librement, rire, étudier et travailler. Dans les rues de Kaboul, un bus de femmes prend la route chaque matin. À bord : des médecins, des sages femmes, des infirmières. Elles se déplacent en groupe, accompagnées d’un chauffeur imposé par le régime. Seules, elles ne peuvent pas sortir. Ensemble, elles vont soigner. Cinq ans après le retour des talibans au pouvoir, ces soignantes sont devenues le dernier lien entre les femmes afghanes et le monde extérieur. Depuis 2021, 80 % des femmes qui travaillaient ont perdu leur emploi. L’accès à l’éducation leur est interdit. Dans l’espace public, leur voix n’a plus le droit d’exister. Mais dans ce pays où la culture et la religion imposent qu’une femme ne peut être soignée que par une femme, les talibans font face à un paradoxe qu’ils ne peuvent pas complètement résoudre : ils ont besoin d’elles. Alors ils les laissent encore travailler, sous conditions strictes, sous surveillance constante, jusqu’au prochain décret. Mélanie Nunes a rencontré les dernières soignantes encore autorisées à exercer à Kaboul. À travers leurs témoignages et ceux de leurs patientes, ce reportage plonge dans une réalité effrayante : suicides, mortalité maternelle, mariages forcés des mineures et dépression. Comment ces soignantes parviennent-elle à aider ces femmes quand il n’y a plus d’espoir ?
Sud-Liban : les derniers civils de la frontière
Reportage exclusif en collaboration avec le journal "L’Orient Le Jour".
Pendant deux semaines, en pleine guerre, une équipe de reporters a réussi à pénétrer dans l'une des zones les plus inaccessibles et périlleuses du Liban : la bande frontalière sous occupation israélienne. Les reporters Lucile Wassermann et Lyana Alameddine ont traversé cette région coupée du monde, transformée en immense champ de ruines sous les frappes incessantes de l'armée israélienne. Au bout de dizaines de kilomètres de destruction apparaît la petite commune d'Aïn Ebel : l'un des rares villages chrétiens encore habités du Sud-Liban, pris en étau entre les forces israéliennes et le Hezbollah. L’équipe s’y est installée pour filmer ce qui reste de la vie quotidienne. Près de mille habitants ont choisi de rester à Aïn Ebel, où la vie s'obstine. Sous perfusion humanitaire, le village ne survit que grâce à de rares convois d'approvisionnement, soumis à d'interminables autorisations militaires. Jusqu'au jour où survient ce que le village redoutait le plus : l'intensification des combats coupe toutes les routes d'accès. Le blocus est total. Des malades en état critique se retrouvent sans aucune possibilité d'évacuation. Ce reportage est une histoire de vie. Celle de ceux qui tentent de faire face au pire, et dans ce qu'il y a de plus intime : l'accoutumance au danger, les tiraillements moraux impossibles, l'attachement viscéral à une terre, l'enfance qui grandit dans le chaos. Un reportage sur ce que signifie rester, quand tout ordonne de fuir.