Au prix de la perte de ses dons magiques, la fille du roi des esprits a épousé un mortel, l’empereur des îles du Sud-Est, mais elle n’a pas réussi à acquérir son ombre, signe tangible de sa nouvelle appartenance au cercle des humains. Son père lui fait savoir qu’il lui reste trois jours pour y parvenir. En cas d’échec, son époux sera changé en pierre et elle devra rejoindre le monde des esprits. Aidée par sa fidèle nourrice, l’impératrice est tentée de s'emparer de l’ombre d'une autre femme : l’épouse du teinturier Barak, laquelle refuse de devenir mère…
Quête de lumière
Créé à Vienne en 1919, La femme sans ombre est l'un des opéras les plus ambitieux de Richard Strauss et de son librettiste Hugo von Hofmannsthal. Atypique, l’œuvre se veut conte initiatique, dans le sillage de La flûte enchantée et de son message humaniste. Hofmannsthal y invente un univers mélangeant mortels et fées, fantastique et réalisme, quelque part entre les contes des Mille et une nuits et de Grimm. Si l’ombre, au cœur de cet opéra, a longtemps été comprise comme un symbole de maternité rejetée puis accomplie, Barrie Kosky (Les noces de Figaro), pour cette nouvelle production du festival aixois, la considère comme une allégorie de l’âme humaine. Pour lui, l'impératrice n'est pas une femme incomplète parce qu'elle n'a pas d'enfant : c'est un être qui aspire à expérimenter toutes ses facettes, à la fois lumineuses et sombres, vertueuses et violentes. Rompant avec la lecture conservatrice, sa vision de La femme sans ombre, fresque initiatique riche de mille symboles, se veut une méditation sur l’éveil de la conscience. Sans chercher à expliquer l'œuvre ni à la réduire à une interprétation figée, le metteur en scène australien souhaite révéler la puissance émotionnelle et spirituelle de cet opéra singulier, qui parle de l'ombre que chacun de nous porte en soi, mais aussi de la beauté, étrange et fragile, de l'aspiration humaine à l’amour et à la lumière.
Filmé le 9 juillet 2026 au Festival d’Aix-en-Provence, France.