En 2015, Darko Saveljić sauvait une première ânesse des griffes de ses propriétaires qui la maltraitaient. Peu de temps après, le biologiste a recueilli deux autres équidés destinés à finir en nourriture pour chiens de chasse. Perchée dans les montagnes à 17 kilomètres de la capitale monténégrine, Podgorica, la ferme de Darko est devenue le refuge de 59 ânesses et un âne. Drina, Julia, Haila, Mandarina… chaque baudet a son histoire. À 40 ans, Mandarina est la doyenne du troupeau. Avant d’être recueillie, elle avait été exploitée sans vergogne par ses propriétaires, qui ne s’étaient même pas rendus compte qu’elle était aveugle. Premier ânon né à la ferme, Drina a quant à elle été cajolée par toute la famille Saveljić. Un loup avait tué sa mère, mais depuis, les Saveljić l’ont traité comme un animal de compagnie. Soucieuse de continuer à bénéficier d’un maximum d’attention, Drina s’impose fièrement au sein du troupeau. Face au nombre croissant d’ânes, la famille a décidé de construire une étable et d’aménager un enclos ouvert pour les nouveaux arrivants. Ce qui avait débuté comme une initiative individuelle de sauvetage d’animaux négligés voire maltraités s’est mué en une action écologique populaire, drôle et touchante déployée à l’échelle de ce petit pays des Balkans.
Il y a trente ans, ces fidèles bêtes de somme étaient un gage de survie pour les paysans monténégrins. Elles étaient indispensables dans les campagnes, jusqu’à ce que l’exode rural et les machines agricoles les rendent superflues et sans valeur. Bien que les ânes fassent partie du patrimoine culturel des Balkans, ils comptent aujourd’hui parmi les espèces menacées. Sauver les derniers baudets, leur offrir un cadre de vie adapté et sensibiliser l’opinion à la protection des espèces animales, voilà aujourd’hui la mission et le combat de Darko.