Lorsqu’il parle au nom d’un État, l’influenceur adopte les codes de l’intime et de la crédibilité, et son récit parait d’emblée familier. Mais ces témoignages en apparence anodins sur les réseaux sociaux et ces vidéos de voyage cachent en réalité des messages politiquement orientés.
La Russie utilise des blogueurs étrangers comme relais d’influence pour redorer son image. Tandis qu’Andrew Tate, influenceur et figure de la manosphère visée par une enquête pénale, est accueilli en grande pompe à Moscou, Vladimir Poutine lance une opération séduction en promettant des titres de séjour aux influenceurs lassés des "valeurs occidentales". Dans les territoires ukrainiens occupés, de jeunes créateurs sont formés depuis 2016 pour générer des contenus prorusses. Fini l’occupation, l’histoire se raconte désormais à travers la reconstruction, menée sur des ruines, et souvent sur des corps ensevelis, comme au théâtre de Marioupol.
Sans TikTok, le mouvement Maga n’aurait sans doute jamais connu un tel succès. Steve Vilchez a 12 ans quand il commence à suivre les influenceurs d’extrême droite. Mais quelques années plus tard, les déclarations de Donald Trump sur la pandémie de Covid-19 le font douter. Devenu étudiant en chimie, il récuse cette désinformation dépourvue de fondement scientifique et quitte le mouvement.
Sur son titre "2045", la rappeuse taïwanaise Yang Shu-Ya clame : “ Let me stand up like a Taïwanese.” Elle y dépeint Taïwan transformée en théâtre de guerre, sous occupation chinoise. De son côté, Pékin active aussi le registre de la propagande pour donner corps à l’annexion. Sur les réseaux sociaux, des créateurs de contenus de voyage relayent ainsi une vision de la “réunification”, présentée comme une étape historique entre les deux entités politiques.