S'extrayant d'une voiture après un accident, une fillette, étrangement sereine, ramasse une tortue et lui explique avec placidité l'origine et la marche du monde. Voici Moon, 9 ans, petite aventurière à la bouille chiffonnée et à la vive curiosité. Entreprenant une longue errance, elle croise sur son chemin, entre territoires arides, forêts et bâtiments en ruine, d'autres enfants savants et polyglottes, comme cette jeune érudite et son interprète, réfugiées dans une cabane de montagne. S'exprimant avec la sagesse de mille vies, ils se désolent de l'état de la planète dont ils ont hérité. Porteurs de la mémoire d'un passé disparu, ils semblent, avec de rares animaux, les seuls survivants d'un événement apocalyptique lié au changement climatique, qui a détruit les terres mais enrichi leur vision intérieure. Une gravité percée d'insouciance.
Vieilles âmes du futur
Adaptant librement la pièce Le mot pour dire neige de l'écrivain américain Don DeLillo, le cinéaste expérimental anglais Ben Rivers mêle fiction et documentaire pour signer un poème cinématographique onirique sur la nature de l'existence et la fin du monde. Découpée en chapitres – que la jeune Moon inscrit à la craie sur un tableau –, et alternant la couleur et le noir et blanc, cette fable futuriste à l'énigmatique beauté, réflexion sur le désastre écologique en cours, dégage un charme hypnotique autour de sa communauté d'enfants, vieilles âmes en quête de sens à l'enveloppante douceur.